THÉO LOPEZ – Ritz-Carlton Rabat – 9 OCTOBRE 2026 > 9 JANVIER 2027
La David Bloch Gallery est heureuse de présenter, au Ritz-Carlton Rabat, Dar Es Salam, une sélection d’œuvres de l’artiste français Théo Lopez, avec le soutien du Consulat Général de France à Rabat.
Représenté par la galerie depuis 2022, Théo Lopez dévoilera un ensemble d’œuvres sur toile et sur papier, ainsi qu’une série de sculptures réalisées en collaboration avec des artisans dinandiers marocains, témoignant du dialogue entre sa pratique artistique et les savoir-faire traditionnels du Maroc.
Théo Lopez a place l’introspection et l’intériorité au cœur de ses recherches. Notre époque chahutée par une incertitude radicale, sous l’égide d’une pulsion de mort de plus en plus vorace, pouse au repli sur soi et à l’individualisme.
L’artiste s’est donc donné pour gageure de redonner à l’Art son rôle émancipateur vers la Beauté. À travers ses dernières œuvres, Théo Lopez nous invite à choisir une voie autre, celle qui rejette le nihilisme et le chaos pour élire la réflexion intimiste qui mène à la transformation et à la (re)construction. Dans la cosmologie chinoise, le souffle primordial, à la fois matière et esprit, est le début de toute chose qui unit les êtres au monde. C’est cette unicité démiurgique qui anime l’artiste en tant que créateur. Dans les toiles de Théo Lopez, l’on retrouve la polarisation de cette énergie créatrice tendue entre fougue dans l’amplitude du geste et maîtrise des lignes issues d’une construction de la composition selon leur application au scotch ou au cache. Ce faisant, l’artiste cherche à rééquilibrer cette harmonie perdue en réconciliant les opposés : être et avoir, vide et plein, dehors et dedans… selon la Voie (Tao).
Théo Lopez a fait l’expérience de ce franchissement, selon la théorie nietzschéenne, du monde apollinien de l’idea au monde dionysiaque de l’extase et du sublime devant le Mur des Lamentations. Dans sa démarche plastique, la symbolique du mur lui apparaît comme le point de passage, le seuil à franchir, vers la transcendance. À Barcelone, où l’artiste vit, la Sagrada Familia, autre architecture sacrée longtemps restée inachevée, lui procure la même émotion pour le dépassement de soi et l’élévation vers laquelle tend le créateur dionysiaque. Pénétrer dans ce que Chagall nommait « l’espace psychique » suppose l’abandon des certitudes et une confiance en la contingence, voire en l’inconscient, dans l’acte créateur. L’artiste s’émancipe ainsi de ce monde en perte de repères, ce monde qui explose par l’hubris et la folie humaine, pour se recentrer sur son monde intérieur et la liberté qu’il procure. Théo Lopez entame la transformation de son langage plastique, nécessitant de détruire pour mieux reconstruire et en employant pour cela la couleur et la matière. Dans son travail, l’artiste reconnait l’influence du constructivisme russe, nous pensons surtout à Larionov, et de l’expressionnisme allemand avec Die Blaue Reiter (1911-1914), groupe réunit notamment autour de Vassily Kandinsky, August Macke et Franz Marc qui revendiquait l’intériorité de l’artiste pour l’élaboration de son Œuvre. Cette intériorité, propre au créateur, comme l’est son unicité, fait naître la Beauté qui initie cette élévation de l’âme vers l’absolu.
Dans les compositions peintes et gravées de l’artiste, transparaissent plusieurs dynamiques causées par le geste et la matière-couleur. Théo Lopez transcrit avec brio la vitesse en action grâce au rayonnisme de la matière et aux lignes de force intriquées les unes aux autres qui envahissent ses compositions pour leur donner leur propre rythmique et dynamique. Le regardeur fait alors l’expérience d’une œuvre métaphysique en éprouvant par lui-même la sensibilité et l’émotion provoquée par cette alliance de la couleur (lumière), des formes (matières) et de la musicalité qui en résulte.
Le maillage de lignes et de courbes crée un nouvel espace intérieur dans lequel s’inscrit la matière, travaillée également à dessein illusionniste. Engendrée par la couleur des pigments et les jeux d’ombres aux tonalités plus ou moins fortes, la matière est également maîtrisée par l’artiste qui joue sur le vide et le plein selon la force avec laquelle est appliqué le geste sur le support. Cette dichotomie (vide/plein, inspiration/expiration, intérieur/extérieur…) n’est qu’apparente car pour l’ordonnancement du cosmos il est nécessaire d’équilibrer les opposés. C’est cet espace du dedans que l’artiste nous donne à voir.
Théo Lopez nous propose de porter un nouveau regard sur le monde qui nous entoure, sur notre relation aux autres et aux choses. En donnant à son récent corpus des titres en lien avec l’univers, il nous incite à plonger dans le monde sensible et psychique. À nous de s’y aventurer.
Clotilde Scordia, Historienne de l’art